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Bonjour !

Papa Yaga est poète, slammeur et mythopoète. Il se tient à la lisière des formes — entre le spoken word et la chanson, entre l'autobiographie et la légende, entre le bûcher et ce qui repousse après.

Son nom est une inversion délibérée. Baba Yaga, figure ancestrale des contes slaves, n'est ni bonne ni mauvaise : elle éprouve. Elle vit au bord du monde dans une maison sur pattes de poule, et décide à vue si le voyageur mérite de continuer. Papa Yaga en est la version masculine et contemporaine — le père ambigu, le gardien-qui-brise, celui qui habite lui-même l'entre-deux et y a bâti une maison.

Son œuvre centrale, le Tarot des Cendres, est une mythopoésie construite sur les XXII Arcanes Majeures du Tarot de Marseille. Vingt-deux textes — poèmes, chansons, slams, lettres ouvertes — où chaque lame devient une cartographie de l'intérieur : la bipolarité comme portail, la mort du père comme boussole, la Créature composite comme identité revendiquée, les guerres futures comme miroir du présent. Une œuvre où l'intime devient symbole, où les cendres personnelles deviennent mythologie partagée.

Il anime également des ateliers de création pour les enfants. C'est sa face de craie et de soleil.

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Mon histoire

Il y a une maison qu'on porte avant d'avoir un logement. Pour Papa Yaga, cette maison avait deux pièces qui ne se parlaient pas : le silence laissé par un père mort trop tôt, et le bruit d'une mère qui tricotait trop serré.

Papa Yaga naît dans un écart. Enfant surdoué dans un monde calibré pour la moyenne, fils sans père dans un foyer de femmes à protéger, cerveau câblé hors-norme dans un corps qui apprend plus tard qu'il est bipolaire. La mort de Bruno — son père — est le traumatisme déclencheur. Pas seulement de la maladie diagnostiquée ensuite, mais d'une vocation : il faut trouver les mots pour aller là où Bruno est parti.

L'école, d'abord. Les hautes études, ensuite. Pas par ambition — par nécromancie. Par la conviction que si l'on comprend assez, si l'on lit assez de livres, on finit par retrouver les traces d'un homme disparu.

La poésie arrive comme ce qui résiste quand le reste lâche. Pas comme un choix artistique — comme un réflexe de survie. Les mots sont les premiers à accueillir ce que personne d'autre ne peut contenir : la colère, la tendresse excessive, les cycles maniaques où il se croit génie, les abîmes où il comprend pourquoi la lune se fend en deux.

Sur scène au Grand Poetry Slam 2026, il amène vingt-deux textes et une idée : le Tarot de Marseille comme armature secrète d'une vie. Chaque Arcane Majeure, une vérité — l'Avatar du joueur innocent, l'Aleph du créateur qui s'excuse encore de prendre de la place, l'Oracle Fendu de la bipolarité vue comme portail plutôt que comme fracture. Le Tarot des Cendres naît de cette conviction que les mythes anciens contiennent déjà nos névroses contemporaines, et que la poésie est le meilleur outil de cartographie.

Entre les créations, Papa Yaga anime des ateliers pour les enfants. Il y apprend ce qu'il enseigne : que donner de l'attention guérit parfois autant qu'en recevoir, que la craie sur un tableau noir est aussi une forme de magie, et qu'il faut faire attention à ne pas confondre les mômes avec ses propres fantômes.

Papa Yaga n'est pas guéri. Il est gué — il fait passer.

PAPA YAGA

Étienne Girard est né deux fois.

La première, dans le sud, sous le signe de l'enfant surdoué. Il apprenait avant les autres, voyait ce que les adultes croyaient encore cacher. Le bac avec mention vint sans qu'il ait à courir. Puis Paris, l'École du Louvre, et les grandes maisons qui le prirent pour ce qu'il savait faire : tenir un récit, prêter sa voix à des objets muets. H250 pour Hennessy. Volez Voguez Voyagez pour Louis Vuitton. Les salles du Grand Musée du Parfum. Il fut médiateur — celui qui se tient debout entre l'œuvre et la foule, qui transmet sans abîmer. Longtemps, il fut le bon élève d'Apollon : le visage clair, la phrase juste, le pas mesuré dans les galeries blanches.

Puis quelque chose en lui s'est fendu.

La seconde naissance ne fut pas annoncée. Pas de mention, pas de diplôme, pas de carton d'invitation. Une voix monta des contes, une bête commença à se gratter contre les parois. Quand les diagnostics tombèrent — bipolaire, handicapé — il fallut bien admettre qu'un autre habitait là, depuis longtemps peut-être, et qu'il n'aurait pas l'élégance de partir.

Alors Étienne fit ce que les hommes font depuis qu'on raconte des histoires : il lui donna un nom. Papa Yaga. Tiré de la sorcière des forêts slaves, masculinisé, paternalisé — comme si le seul moyen d'apprivoiser une bête maternelle était de lui rendre sa paternité. Le nom fit son travail. Il rangea le chaos sans le tuer. Il permit que la part sombre devienne personnage, et que le personnage devienne œuvre.

Papa Yaga est dionysiaque comme Étienne fut apollinien. Là où l'un mesurait, l'autre déborde. Là où l'un montrait les chefs-d'œuvre des autres, l'autre les fabrique avec ses plaies. Là où l'un parlait au nom du Beau, l'autre travaille dans le Laid pour que le Beau puisse encore se dire. Il chante depuis les ruines, il prend racine dans les contes, il console les enfants qu'on a oubliés — y compris celui qu'il fut.

Entre les deux marche un troisième.

Ce n'est ni Apollon ni Dionysos. C'est l'homme du milieu, celui qui n'a pas de costume mythologique et qui en a vu trop pour en porter un. Il tient d'une main celle du jeune médiateur en chemise blanche, et de l'autre celle du sorcier aux cheveux d'orage. Il est l'arbitre entre la Loi et le Chaos, le Vrai et le Faux, le Bien et le Mal, le Beau et le Laid — et il ne tranche jamais. Il fait passer. Il est le gué.

Il n'a pas de nom particulier parce qu'il n'en a plus besoin. Il est simplement Étienne aujourd'hui — celui qui a appris la bipolarité comme on apprend une langue qu'on n'avait pas choisi de parler, et qui s'en sert maintenant pour traduire entre ses deux moitiés.

Papa Yaga chante. Étienne Girard se souvient. Le troisième tient debout.

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